Fait d’hiver

Février vous fait frissonner? Vous trouvez qu’il fait frisquet? Le courant d’air derrière l’oreille vous fait le lobe rougeaud et le cou verglacé? Peut-être êtes-vous plutôt du genre frigorifiée, la dent claquante et la menotte de trois couleurs (bleu-blanc-rouge), celles du drapeau de l’Engelure?

Habillez-vous, que diable! Non mais, ça suffit la plainte du frette. Notre nordique province est chaque année gâtée de flocons et autres sous-zéro nous «freezant» la bouche. Il fait froid dans notre pays, habillez-vous!

Oui, je sais, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas se couvrir ni se chausser correctement. Quand ce n’est pas le brushing, c’est le bas du pantalon qui se trouve froissé, quand ce n’est pas le look astronaute du manteau, c’est la loi anti-fourrure qui prime. On les a toutes entendues: «Le pompon n’est pas tendance cette année… Le duvet n’est pas dans ma palette… J’ai une intolérance à la laine de mes mitaines…» N’importe quoi.

Des coiffes, il y en a pour toutes les têtes. Pour la coquette qui soigne sa bouclette comme pour la tondue. Idem pour les bottes pour votre pied mariton, Madeleine. Des doudounes légères comme une crème fouettée à l’érable, ne me dites pas que c’est humainement possible de résister à ça! Et que dire des collants? De laine torsadée de toutes les couleurs, je pousse parfois l’audace jusqu’à en porter sous mes jeans les jours de très grand froid. La Sorel montante avec son col de poil a la cote dans mon vestibule. Exit les pieds mouillés de les avoir fourrés dans une flaque de soupe grise en bottes pas doublées.

Qu’on se comprenne bien. Je ne dis pas que c’est toujours jojo, l’hiver. Ce que je dis, c’est que si le froid est votre ennemi, réagissez! Je n’ai aucune pitié pour vous, frigorifiés badauds qui attendez l’autobus telles des sardines debout dans le congélateur; tête nue, espadrilles, foulard même pas noué, parure de cou ainsi inutile. Les deux pieds plantés dans le sorbet gris salé au calcium, le nez enfoui dans le col de votre manteau de cuir doublé en peau de rien, je me ris un peu de vous qui refusez d’admettre l’immuable. Et vous aurez beau me donner de la raison coquette par-ci ou du «pas de budget» par-là, il y a moyen de s’habiller chaudement sans se ruiner. En plus de ça, en un hiver, votre investissement est rentabilisé! C’est-ti pas beau, ça?

Chaussez-vous chaudement, couvrez-vous et vous verrez, l’hiver vous les gèlera moins. Tiens tiens, voilà un excellent exercice de diction… Coquette en hiver? C’est hautement possible, ma chère! Comme mon oncle Paul, vous aurez envie d’entonner en choeur:

Ah dis-moi donc comme t’as un beau casque,
j’aimerais ben ça l’avoir!
Y’est garni en poil de vache,
y doit être chaud pour l’hiver!

Scusez-là. Pis envoyez dehors!

Texte publié dans le Coup de Pouce de février 2013

Avec le temps

Femme comblée, rien de bien majeur ne manque à mon bonheur. Pourtant, un trésor convoité n’a pas trouvé son chemin jusque sous mon sapin dans un écrin doré. Respire, chéri, je ne parle pas ici d’une bague, mais bien de temps.

J’ai pourtant été bien sage toute l’année! J’ai brossé mes dents trois fois par jour, mangé sans viande les lundis, dormi mes huit heures – euh non, là j’ai lamentablement échoué, je l’avoue -, brassé mon blanc séparé du coloré… Et pourtant, pas davantage de temps à mon horaire à l’horizon pour 2013.

Il me semble que c’est ce qu’il me manque toujours plus chaque jour. Du temps. Tic-tac, tic-tac. Ne serait-ce que pour le voir passer. Tic. Ne serait-ce que pour m’arrêter et le regarder courir son marathon incessant. Tac. Pour le sentir s’esquiver entre mes doigts qui tentent tant bien que mal de taper plus vite au clavier pour tout régler dans la minute; les comptes, les rendez-vous, les échéanciers. Du temps. Tic tac. L’entendez-vous filer? C’est à vous rendre fou.

Au cégep, ma coloc et merveilleuse amie Josée manquait d’air à l’écoute de l’aiguille qui faisait sonner son passage sur l’horloge de la cuisine. Elle disait que de littéralement «entendre le temps passer» lui donnait une frousse terrible. Une seconde de moins à la vie à chaque tic, une autre à chaque tac. Une de plus en moins. De quoi vous paralyser, vous couper toute motivation d’agir.

À l’ère du numérique, il ne passe pas moins vite, ce temps. Seulement, la coulée de sable est plus silencieuse. D’où l’importance de tout faire pour le ralentir ou, du moins, pour rendre la fuite moins dommageable. Je veux bien, mais on fait comment?

On marche plus lentement pour profiter de ce qui s’offre à nos yeux? Ou, au contraire, on se met à la course à pied pour allier exercice et réflexion? On s’organise mieux? On prévoit plus de pauses? Heureux les fumeurs parce qu’ils s’imposent un moment pour le voir passer, ce temps, et prennent l’air en plus? Mais ils diminuent leur vie de combien? Onze minutes par cigarette, je crois.

Vous voyez, il n’y a pas de réelle solution à la fuite du temps. Aucune prise sur lui qui vit sa vie, qui fuit sans demander son reste. Le temps est devenu plus qu’un luxe. Il est une espèce en voie de disparition, une arme de raréfaction massive. En vend-on sur le Web? Pourrait-on me livrer du temps à mon domicile s’il vous plaît, trop occupée que je suis à vouloir en sauver?

Comme avec les montres molles de Dali, certaines journées, le temps semble couler sans que j’aie de véritable prise sur lui. Les petits vêtements qui ne font plus s’empilent. Les poils blancs dans la barbe de chéri menacent de prendre le dessus sur les roux. Les prouesses de l’aîné me font dire: «Déjà?» Celles du petit: «Pas si vite!» Les pages du calendrier s’arrachent, les listes de choses à faire s’accumulent. Étourdissant temps. Qui manque, qui file, qui passe. La seule chose un peu chouette de ce temps qui avance, c’est qu’il me fait me rapprocher de la sagesse… Et encore!

Catherine Trudeau 

Voici mes résolutions, farfelues ou sérieuses, mais ma foi, réelles:

  • Retomber amoureuse du lundi matin et son avalanche de corvées.
  • Retrouver la signification de l’expression «du temps pour moi».
  • Écrire une lettre manuscrite par mois à une personne qui m’est chère (résolution non tenue de l’an dernier).

 

Texte publié dans le magazine Coup de Pouce de janvier 2013

Noël, j’en mange!

 

Déjà ce temps de l’année où on court, on cherche, on s’essouffle, on se ruine! Les fêtes, période de guirlande de courses folles et de cernes bien maquillés. Moment où les kilomètres parcourus pour visiter les familles dispersées sont aussi nombreux que les hors-d’oeuvre avalés. Débordée par les fêtes? Pour moi, elles débordent, mais d’abondance et de partage.

Sans pour autant perdre la boule, je participe à la folie décoratrice. Un sapin, naturel s’il vous plaît, héritage de mon enfance, embaume la demeure. J’aime ce moment où chéri revient du sous-sol, les cheveux empoussiérés d’être allé quérir, dans je ne sais quel recoin, les multiples boîtes de décos, cartes, papiers dorés, boules et souvenirs. Retrouvailles rassurantes. Une épinette trône aussi sur la terrasse extérieure, allumée de mille feux. Merci à mon papa, l’homme qui plante des arbres… et qui en coupe parfois, pour cette inestimable livraison.

Aquarelliste en herbe, j’envoie des cartes peintes de mes blanches mains aux amis et gens côtoyés durant l’année. Des voeux par la poste, c’est rare de nos jours, mais la rareté crée la valeur, à ce qu’on dit. Bien sûr, il faut y mettre le temps. Mais au son de A Charlie Brown Christmas, de Vince Guaraldi, mon album de Noël fétiche, ce temps passé devient une pause bénie, un arrêt créateur qui réconforte comme un bon thé chaud au retour d’une marche sous les flocons.

Pas d’avalanche de cadeaux chez nous. Notre grosse dépense, elle se mange! Je pellette chaque jour ou presque mon chemin jusqu’à l’épicerie pour trouver l’ingrédient essentiel à la réussite d’une recette. Le comptoir déborde de pastilles de chocolat blanc et de fruits confits. Les tablettes du frigo croulent sous les berlingots de crème. Et que dire de ces moments précieux où ma mère m’apprend à cuisiner les classiques de mon enfance: beignes, ragoût de boulettes, tourtières… Saveurs reconnues entre toutes.

Avec les années, j’ai développé mon best of culinaire à moi. Zestes de pamplemousse confits, truffes au thé vert et marmelade d’oranges et canneberges (mon succès de l’an dernier!) sont mes valeurs sûres. Celles que j’offre aux voisins et aux hôtes. Je ressens autant, sinon plus, de bonheur à les préparer qu’à les offrir. Pour moi, les cadeaux gourmands faits maison sont les plus précieux des présents.

L’an dernier, j’ai évité le burnout en allant à un seul endroit pour mes cadeaux: la librairie. On y trouve des livres précieux: déco, photo, cuisine; des livres magiques: poésie, bd, contes; des livres envoûtants: bios, recueils de nouvelles, romans noirs. Une seule visite, et tout est dans le sac! Et que dire de l’emballage: un vrai jeu d’enfant.

Je vous le souhaite tendre et sucré, ce Noël. Avec des pauses pour profiter de tout. Des pauses pour savourer beaucoup, des pauses pour regarder les enfants s’emballer devant les gourmandises préparées avec amour. Débordée par les fêtes? Respirez un bon coup, préparez-vous un thé… et demain, courez à la librairie!

Texte publié dans le magazine Coup de pouce de décembre 2012

Je, me, moi, Vous!

 

Je suis confortablement assise devant mon portable, fidèle compagnon de mes activités procrastinatrices, quand un signal sonore m’interpelle et me sort de mes songes («Que diable vais-je préparer pour le souper?»). On m’offre d’écrire une rubrique d’humeur pour le Coup de pouce nouveau, revampé et repulpé avec extrait pur de wow!

Soudain, un doute s’insinue dans mon esprit: pourquoi moi? Mais parce que je vous ressemble, chères lectrices, me dis-je, aussitôt rassurée. En y songeant bien, je ne suis pas très différente de vous. Au quotidien, ma réalité, en apparence glam, est tout sauf clinquante.

Pas de tapis rouge à l’entrée de ma demeure. Dans le vestibule, spacieux comme le coffre à gants d’une Fiat 500, se côtoient tongs bon marché, escarpins vernis et bottes de pluie. Sans oublier ces espadrilles aux couleurs tendance achetées une de ces journées où je me suis dit: «C’est assez! Je me mets à la course à pied!» Ou était-ce au zumba? Ou au spinning? Peu importe, la semelle est neuve, propre et rose comme une gomme jamais mâchée. Vous avez les mêmes? Vous voyez, déjà un point en commun.

Manquer d’inspiration pour le repas du mercredi soir, ça n’arrive qu’aux autres? Que nenni, ma mie! C’est mon lot hebdomadaire. Constamment en quête de l’inaccessible étoile de l’équilibre, je suis une coquette qui a troqué la pochette des soirs de première pour un cabas de cuir pouvant loger couches et pâte à modeler. Amoureuse infidèle, je passe quelques belles soirées en tête-à-tête avec Don Draper, de Mad Men, sur dvd. Ma tenue décontractée le séduit et mon parfum de pop-corn aussi.

Jongleuse d’horaires irréguliers, cuisinière intuitive, nouvellement insomniaque, vindicative, paresseuse, adepte du réseau social, je suis parfois un peu drôle, parfois pas du tout. Demandez au môssieur qui m’a coupée avec son Hummer hier à l’entrée du pont…

Les priorités bousculées par la maternité, la chevelure fraîchement méchée (je ne suis pas une vraie blonde, vous voilà peut-être déçue), j’ai la bonne volonté vacillante et suis une championne de la conciliation travail-fatigue-famille. Je veux manger sain et beurré à fois, sans prendre une once mais en doublant le plaisir…

Atteinte d’une forme répandue de superwomanite aiguë qui ne se traite qu’avec des visites fréquentes au spa – et si la tendance de mon agenda familial se maintient, je ne verrai pourtant le bain scandinave qu’en 2017. En attendant, je fais quoi? Comme vous, amies lectrices, mon gros possible.

Je suis une Jinny qui aimerait bien retourner quelques jours dans sa bouteille pour y refaire le plein de sommeil. Une sorcière bien-aimée qui n’a pas tous les pouvoirs mais qui essaie très, très fort…

Je partagerai ici mes humeurs, oui, mais aussi mes réflexions sur la vie, mes états d’âme, quelques coups de gueule et beaucoup d’inspire-expire. Sorte d’espace dédié à la «ventilation» et autres besoins d’air, cette page porte bien son titre.

Faites de l’air, j’arrive!

 

Texte publié dans le numéro de novembre 2012 du magazine Coup de Pouce.

Lettre à mon enfant

Texte paru dans la publication Lettre à mon enfant aux Éditions de Mortagne en 2012.
Adressée à Élie Belzile, 2 ans et demi.

 

Cher beau coeur, petit « garçonni » d’amour…

Par où commencer. Il y a tant et tant de choses que j’aurais à te dire.

Ce matin les mots se bousculent à la sortie. Je dois te ressembler quand tu veux tout dire en même temps, quand les mots cherchent à se tailler une place à la queue leu leu et finissent enfin par se laisser entendre, par ta petite voix si singulière.

Tant de choses à te dire… D’abord que je suis fière de ce que tu es déjà; un petit bonhomme curieux, qui s’émerveille de tout (n’est-ce pas, après tout, la tâche première d’un enfant ?) Expressif comme sa maman et méthodique comme son papa.

Tant de choses aussi à ne pas te dire. Pour ne pas que tu sois noyé d’éloges, pour ne pas te « gâter pourri », pour éviter que tu te croies meilleur que les autres, plus fin, plus beau…quoique !

Je ne te dirai pas que mon orgueil de mère est assouvi quand tu dis bonjour aux étrangers que tu croises sur la rue, les petites fesses bien calées dans ta brouette, la bouche pleine d’une collation croquante qui te laissera les mains collantes et les bisous, sucrés. J’aurais peur que tu ne les salues plus, par peur de l’inconnu.

Je ne te dirai pas que mon cœur de mère se gonfle de fierté quand tu dis spontanément : « merci pour le souper ! » quand nous sommes reçus chez des amis. J’aurais peur que la gêne de paraître faussement flatteur te freine.

Je ne te dirai pas que ça me réjouit de te voir rire aux éclats et trépigner d’excitation quand nous jouons avec les cloportes découverts sous les pots de grès dans la cour. Tu pourrais à l’avenir réprimer ce bonheur simple et le garder pour toi, de peur d’être jugé pour sa simplicité.

Je ne te dirai pas que les larmes me viennent souvent aux yeux quand je te regarde dormir. La respiration profonde, le visage totalement détendu, les cheveux humides collés au front. Je ne te confierai pas une telle émotion, de peur que tu cesses de t’abandonner de la sorte devant moi.

Il y a tant de choses encore que je ne dois pas te dire il me semble…

Je parle de toi au présent mais l’avenir s’approche chaque jour toujours plus, avec ses grosses bottes « de 7 lieues » comme dit si bien ton papa d’amour!

Cet avenir qui fera de toi un garçon toujours plus grand, toujours plus bavard, plus curieux, plus autonome, plus allumé.

Cet avenir qui fera sans doute que tu t’éloigneras de moi. De façon toute naturelle, sournoise, sans désir conscient de me blesser bien sûr.

Tant de choses que je dois taire mais en voici quelques unes que j’aimerais te dire.

Quoi que tu fasses, je ne tiens pas que tu sois le meilleur dans tout. Simplement que tu sois fier de ton accomplissement À TOI.

Que tu sois en accord avec ce en quoi tu crois. Même si ces croyances ébranlent les miennes.

Que tu aies la force de réussir où moi j’échoue trop souvent; soit me faire respecter dans les moments où ça compte vraiment.

Un jour sans doute, tu réaliseras que ta maman n’est pas la meilleure, pas la plus forte, qu’elle n’est pas une super héroïne. J’espère que ça ne te décevra pas trop. Ce jour-là, tu saisiras que ta maman tente de faire de son mieux. Qu’elle essaye de se laisser guider par son cœur et oui, fait des erreurs.

Fais de ton mieux, fais des erreurs toi aussi, trompe-toi et reprends la route, c’est encore la meilleure façon de faire son chemin.

Mon petit garçon, j’espère ne jamais voir le jour où tu n’auras plus besoin de moi.

Parce que je ne sais plus à quoi je servirais.

Allez, retourne jouer. Je t’en ai déjà trop dit…

Je t’aime

 

Ta Petite Maman d’amour