La tête hors de l’eau.

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Après chaque malheur ou presqu’accident. Après chaque maudit cancer de marde qu’on réussi à extirper des corps, on le dit et le redit, la vie c’est précieux.

Il faut la célébrer, la vivre au max,  remercier notre coeur battant à chaque nouveau matin qu’il nous permet de repartir la machine.

On doit dire à nos proches qu’on les aime. Ne rien remettre au lendemain. Parce que la finalité nous guette au tournant. Personne ne sera épargné, on sait juste pas quand le moment viendra.

Après ces moments marqués au fer; une fois le téléphone raccroché qui annonçait la nouvelle plate, on se dit ça.

Une fois la porte refermée sur les invités qu’on aurait préféré pas recevoir parce qu’ils étaient porteurs de bad news qu’on aurait souhaité fake, on est plein de bonnes intentions à travers 2 sanglots.

Appelle ta mère maintenant, dis-lui que tu l’aimes.

Texte ton frère now, emoji-lui que tu l’aimes.

Organise un party sans raison avec tes amis.

Pas demain. Aujourd’hui.

Pour qu’ils sentent que tu les aimes.

Puis, le temps file, la poussière s’accumule entre les touches du clavier, les couleurs s’installent tranquillement sur les feuilles des érables, tu te réveilles il fait 12 degrés, l’urgence de vivre se dégonfle comme les swim aid une fois la rentrée passée.

On oublie de s’aimer.

Correction, on n’oublie pas mais on ne se le dit plus aussi souvent. On prend moins de nouvelles. Les pensées existent mais ne se rendent pas toujours au destinataire.

« Faudrait ben que je l’appelle…ouais faudrait ben. Shit y’est tard. Demain. »

***

Mardi dernier, mon père a failli perdre sa vie.

Je ne sais plus dans laquelle de ses 9 vies il est rendu mon papa chat. Des grandes frousses de presque fin, il en a eu beaucoup dans ses vies. Mais ça l’air que c’était pas la fin de celle-là non plus.

Fils de pourvoyeur de club de chasse et pêche, grand taquineur de poissons devant l’éternel, s’il y a un capitaine prudent, c’est mon père.

Mais une chaloupe versante peut déjouer un parcours nautique parfait.

Ajoute à ça une crampe de jambe, un mouvement brusque, tu te retrouves à la renverse dans la flotte, ta puise et ton coffre d’agrès à vau l’eau,  tes 2 prises poisseuses qui retournent dans le courant retrouver les leurs, ton cell parti s’enfouir dans le fond vaseux.

Titanic des pauvres qui cherche son salut vers le fond.

Ton père pourvoyeur a eu beau t’avoir montré comment t’en sortir en cas d’embarcation qui niaise, t’as beau avoir ta veste de sauvetage dézipée sur le dos, quand ta crampe prend de la vigueur, que tu es loin de la rive en simonac, que tu as passé 70 chandelles pis que tu t’étais pas entraîné pour ça toi, la traversée du lac Kempt, ça saisi tsé.

La fin est heureuse rassurez-vous de suite.

Des bons samaritains pagayeurs en plein périple de canot camping ont eu vent des cris à l’aide de mon estropié de papa et son seul poumon (9 vies que je vous disais) quand même quelques 90 minutes après sa saucette funeste, toujours la tête hors de l’eau, agrippé tant mal que bien à la pince de sa chaloupe, petite pointe de bois émergeant des eaux troubles, toujours en attente du miracle.

Les anges terrestres existent. Les aquatiques aussi.

Je ne pourrai jamais les remercier assez.

La reconnaissance est encore la plus belle valeur que mon père m’a transmise. Je la sors pis je la shine au soleil encore plus vivement depuis ce jour doux d’août où l’envie lui pris d’aller taquiner le doré hors des sentiers battus.

On remercie aussi les ziploc pour leur étanchéité qui ont permis au paternel de luncher sur le chemin du retour certainement du meilleur sandwich au jambon de sa sainte vie.

***

Je sais pas pourquoi je raconte tout ça. Une manière d’exorciser ça doit.

Une manière de faire partir à la dérive des images que je ne pourrai jamais imaginer aussi pires que les réelles, et qui depuis me hantent.

Qui font couler une larme dès qu’une feuille frémit, font que je quête chaque bise que je peux, que je me vautre dans les câlins de mes enfants, que j’ai le fixe à rien, l’oeil toujours un peu humide.

Je ne veux pas penser à ce qui serait arrivé si…

Je ne peux pas.

J’imagine qu’au cours de ces trop longues minutes, désespérément accroché à sa chaloupe, lui y a pensé.

Et si…

Si l’eau montait jusqu’à mon menton.

Si personne ne passait par là.

Si la chaloupe achevait de m’entraîner au fond.

Si.

Je ne peux qu’imaginer la suite maintenant que les vêtements sont secs.

Que les agrès sont dispersés au fond du lac pis qu’on s’en fout.

J’imagine un homme qui remercie (même si ça fait déjà plus que partie de son adn)

Un homme qui profite (encore davantage)

Un homme qui aime (mieux peut-être? ou autrement)

Un homme qui voyage (peut-être moins sur l’eau ;-))

Un homme qui vit. Encore.

Qui grignote les fonds de sac de chips avec vigueur,  qui t’étrive quand tu perds contre lui au train mexicain, qui arrive les bras pleins de brassées de bois de chauffage, qui donne des volées à qui le veut bien au Scrabble, qui vient me délivrer des barbottes affreuses qui mordent à mon hameçon avec ses pinces, qui bûche sa pitoune ben égal, qui liche la palette, qui a toujours des problèmes avec son 4 roues.

Qui connait les spots à vers. Les spots à truite, ceux à dorés. Les spots à toute.

Qui a soufflé 73 bougies cette semaine avec l’expire chaud de son seul poumon. Mon papa et sa cicatrice de pirate.

Qui a l’oeil clair autant qu’embrouillé au récit de sa mésaventure de grande peur de sa vie du maudit.

Un homme-chat qui est retombé sur ses pattes à chaque coup dur de chacune de ses vies.

Un homme-chat qui aime l’eau. Qui a fêté son 73e été sur l’eau justement, en faisant poper le champagne hors du ponton, jamais aussi heureux de boire des bulles.

Mon père bouchon de liège, qui flotte toujours, même dans les grandes marées.

***

Je n’ai jamais failli perdre ma vie.

Je ne sais pas ce que ça fait, l’après « avoir failli perdre sa vie ». Il saura me le dire quand on prendra le temps de se faire un gin tonic avec une des 3 bouteilles que je lui ai déjà offertes.

Mais ce que je sais, c’est que je veux que mon père m’apprenne à gérer un canot qui verse.

Pour ne pas être prise au dépourvu si un aléa de la vie m’entraînait vers le fond, s’il me faisait prendre un gros bouillon. Ceinture de sauvetage ou non.

Si…

Pour que je puisse le plus longtemps que je peux, garder ma tête hors de l’eau.

Garder mon calme autant qu’il m’est possible.

Et espérer qu’un canot apparaisse à l’horizon, qu’un ange entende mon cri,  et qu’il pagaye vers moi.

 

Aye, appelle donc ton père.

Tout d’un coup l’envie lui prendrais de partir en voyage de pêche demain.

 

 

C’est avec l’accord de mon cher Papa que je publie ce texte qui a été difficile pour moi à écrire.
 Ses mots: « J’ai accepté dans le but de faire prendre conscience aux  gens combien il est important de se dire  que l’on s’aime et  de penser  que  lorsque l’on se dit  bonjour -bonsoir -bonne nuit ou  aurevoir ou à  bientôt  que c’est peut être  la  dernière  fois  que l’on  se le dit »

 

Pensée d’amour pour Josée Lefebvre, Darline Thibault St-Jean, Julie Roussel et David Savard
Merci éternel à Liohn Sherer et Josh Usheroff 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur “La tête hors de l’eau.

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