Aller faire du ski.

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Dimanche de fin de relâche.

Lendemain de veille de perte d’heure de sommeil.

Déjà cernés et à boutte d’être en fin d’étape, de ne plus être réglés à coup de cloche et de récrés, les moussaillons ne savent plus où est tribord, où est bâbord.

De quel bord de leur toast ils veulent du beurre. De quelle couleur le pain. De quel pied se lever de bonne humeur.

Ça chigne, ça proteste, ça chiâle, ça négocie. Ça réclame un écran, n’importe quel format, tant que c’est maintenant.

J’ai beau proposer un jeu, une recette, du rangement (franchement Maman!) un roman, rien n’y fera, je le vois bien.

Constatant que je n’obtiendrai rien de familial agréable en ce petit dimanche gris en forme de conflits divers,  (d’hiver) et au lieu de passer ma journée à tirer et pousser, à plier et sécher, à répéter et damner, je fous le camp.

Envoye dehors. Je m’en vais faire du ski.

Envoye les palettes écaillées prêtées par Lucie dans l’auto. Envoye les leggings et les pelures d’oignons. La gourde et la barre tendre, les écouteurs. Les bottes vintage mauve. Si elles étaient scratch and sniff, ça humerait la Hubba Bubba aux raisins, clair clair.

Aller faire du ski. Comme ça, sur un coup de tête. Juste à côté de chez moi. Gratisse.

Pas de but autre que de changer d’air. De brasser ce dimanche contre-productif si je m’acharne à demeurer en la demeure.

Pas vrai que je vais pester toute ma journée, déjà que, je-sais-pas-qui, a décidé de me piquer une heure de sommeil.

Sur place, prendre une voie, n’importe laquelle, enligner les skis sur la piste tracée, faire glisser ce qui glisse, piquer dans la neige à bonhomme ce qui se pique.

Se propulser en avant pour ne pas faire du surplace dominical, en s’acharnant sur ce qui ne veut pas se mouvoir, pester contre ce qui ne veut pas bouger dans le bon sens du monde, selon mon sens à moi.

Respirer fort, prendre tout l’air libre même si partagé entre les autres promeneurs du dimanche, à chacun sa raison de le faire, et quelques oiseaux, chevreuils, écureuils.

Souffler l’air vicié hors du corps et en prendre d’autre au rythme des foulées douces.

Et sentir aussitôt qu’elle revient; l’inspiration. Celle qu’on croyait partie en voyage (de ski?) en vacances. Celle qui ne venait plus me visiter, sans doute parce qu’elle sentait que je n’avais pas de place pour son maillon dans ma chaîne de montage.

Aller faire du ski pour protester au départ. Pour ne pas se laisser atteindre par les contraireries de tout un chacun. Pour faire un pied de nez à la vie familiale qui impose que tout le monde doit marcher du même pas quand c’est supposé, soit pendant les congés. Même si des fois on n’a pas le goût.

Aller faire du ski en désespoir de cause, en revenir draînée mais oxygénée, en sueur mais énergisée, fourbue mais inspirée.

Pendant les glisses frénétiques, pas de place à la méditation.

Noter mentalement au passage les idées qui surgissent au détour d’un élan. Souhaiter presque avoir un crayon en poche pour en garder trace. L’inspiration est comme une mésange, elle est vive et furtive, un rien la fait filer, un micro mouvement comme un dépassement à grande vitesse dans les courbes.

Quand ça brûle, que ça coince, que la cuisse proteste et résiste, penser à Alex Harvey et se dire que tout va bien. Que ça peut pas être si pire. Et éclater de rire seule dans le boisé en s’imaginant descendre l’escalier demain matin, à 2 doigts d’une crise de paralysie du mollet.

Je me dis qu’il doit en avoir écrit des scénarios, des odes, des poèmes, des débuts de roman et des fins aussi- heureuses ou pas- Alex Harvey en parcourant tous ces kilomètres en ski de fond.

Avancer au grand air fait surgir des pensées, des histoires, des débuts, des fins, des milieux de vie. Avaler des mètres et des mètres en faisant glisser des écailles sur la neige compactée fait naître l’inspiration, éveille l’esprit, le fait s’étirer, sortir de sa torpeur.

Et s’époumone gracieusement dans mes oreilles la grande Adele. Rollin in the deep.

Elle aussi est inspirée dirait-on par cette balade hivernale impromptue.

Sking in the deep.

Je m’en souviendrai. Quand ça proteste, que ça frotte et s’y pique, que ça chigne et résiste, envoye en ski. Pour prendre le grand air et que naisse ainsi des inspirations.

Celle de vous retrouver l’espace d’un moment. De me retrouver, l’espace de quelques chansons.

 

Ça va ben dormir à soir. Même une heure en moins.

 

Note à vous même, de l’auteure. Ce texte a été écrit en mars dernier. J’ai oublié de le publier ici. Toutes mes excuses.

 

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