Penser à Sophie.

Les Iles 2006 - 111

 

On a tous dans notre entourage, une amie, une collègue,

une voisine, une cousine,

une belle-soeur, une élève,

qui ne perd jamais son calme.

Son flegme ni son sang froid.

Quelqu’un qui ne laisse pas entendre sa voix de stentor pour ramener à l’ordre ses troupes. Qui explique doucement les choses, et les voilà qui se font. Pour qui y a jamais rien de grave. 

Quelqu’un qui a toujours une proposition simple exposée avec calme et voix douce pour des circonstances complexes où les hauts cris sont poussés. Qui a toujours un tour dans son sac pour ramener vers le ciel les babounes. Toujours un jujube caché, offert avec tendresse et douceur. Sans faux semblant, sans autre intention que de faire plaisir.

Quelqu’un qui semble ne jamais basculer du côté sombre de la force. Pour qui le mot « impatience » ne figure pas dans le vocabulaire courant. Ni ne se traduit dans son attitude.

Quelqu’un qu’on envie pour ce calme. Et qu’on prie au secours dans les moments de débordements.

De qui on s’inspire pour inspirer/expirer quand le vase éclate en mille morceaux. Quand on marche dans un tas au parc. Quand la crème molle au choco coule le long des manches de chandail blanc.

Cette personne dans votre vie je sais pas,  mais dans ma vie à moi, c’est Sophie.

Je reviens de chaque visite chez elle, galvanisée. Investie de ce désir de ne pas succomber  à la hausse du ton de mise pour tout et pour rien, de ne pas faire régner en maitresse l’impatience dans ma demeure. Son attitude de calme me remplit, me porte et je m’en inspire. Je veux être comme elle, calme et en contrôle comme elle. Que les choses se passent doucement sans que je m’en rende trop compte, dès que je les ai demandées.  Mais plus souvent qu’autrement, j’échoue à l’accoter. À même m’en approcher.

Quand ça crie, que ça chicane, que ça s’obstine et négocie, et que tout s’embrouille, je souffle fort pour que se poussent les nuages afin de voir son visage, entendre sa voix posée et polie.  Pour l’imiter, pour qu’elle m’enseigne, me dicte le chemin salvateur vers la mère calme.  Mais ça dure 2 minutes. Tu l’as où tu l’as pas.

Pis qu’est ce que vous voulez, Sophie, elle l’a.

Madame Sophie, comme l’appellent ses petiots élèves de maternelle, est par déformation professionelle, passée maître dans l’art de pratiquer la patience. Celle-là même qui la mène dans l’apprentissage des boucles, qui l’empêche de soupirer à la vue des petites mains graissées, la lingette toujours prête comme une Jeannette son petit bois pour le feu, une Sophie dans ta vie, t’en veux une. Ne serait-ce que pour, au delà de l’amitié, aspirer à être quelqu’un de mieux au rayon du calme devant les affres de la vie familiale. D’elle j’ai beaucoup à apprendre. Mais je le redis, j’échoue souvent.

En cette période où pour l’école j’en ai un qui a besoin d’un cartable 2 pouces bleu alors que j’ai en stock 2 cartables de 1 pouce (un blanc et un rouge) et que l’autre a besoin de 50 feuilles lignées perforées dans le sens du poil, précoupées au soleil de minuit alors que les paquets que je trouve contiennent 40 feuilles quadrillées du nord au sud en passant par la Lorraine avec ses sabots, je pense souvent à Sophie.

J’inspire/expire. Et j’attend que ça passe.

Je me dit que les jours sans nuages s’en viennent.  Et quelque part au fond de moi, je sais que « pas tant ».

En ces temps où les gars sont brulés de leur été de camping/hôtel/dodo tout partout couchés tard sur des futons, des matelas soufflés, des tapis de sol, des coussins de chaise longue avec ou sans draps, avec ou sans sleep qui sentent le champignon dans des sous-sol ou des chalets, dans des 2e étages ou des tentes, et que je vois pas la nuit où le sommeil se régularisera à nouveau,  je pense à Sophie.

En ces temps où la teinte bleutée sous les yeux de mes enfants ne peut être que promesse de meilleurs lendemains parce que Mon Dieu qu’ils pourraient pas être plus fatigués, que ça pleure pour un Mr Freeze pas de la bonne couleur, pour un chip pas de la bonne grosseur, je pense à Sophie.

Et je breathe in breathe out.  Et je me dis que c’est pas grave. Que ça va aller.

En ces temps où je m’ennuie parfois PRESQUE du temps où ça ne faisait que boire au sein, remplir des couches et dormir au creux des bras, je pense à elle. À elle qui en a 3.

 

Les rendez-vous chez le doc, le dentiste, les lunettes, les broches.

Les pratiques de soccer, la danse, la confirmation.

3 écoles différentes. Dans 2 villes différentes. La job dans une 3e.

Des lifts chez les amis.

5 lunchs par jour, 5 jours par semaine.

De la culture, de la musique, de la danse, du sport. Du bénévolat. Une maison Spic and Span. Un Cockatiel. Un pré ado. Un TDA. Un garage que tu peux manger à terre. Une cour pas de bébittes. Du linge jamais taché. Un frigo jamais collé. Une plaque chauffante jamais graissée.

Pis toujours calme.

Comment fait-elle?

Comme nous toutes, son possible.

Quand ça déborde, que ça pisse de partout, que le radeau coule, que la barque prend l’eau, pense à ta Sophie.

Qui mène son bateau. Capitaine taciturne qui guette au loin les grosses tempêtes, pour protéger ses moussaillons du vent.

Capitaine d’apparence calme mais qui bouille en dedans, d’inquiétudes, de doutes sur la route à prendre, qui se demande si sa boussole va manquer de gaz, si sa carte va survivre aux grandes bourrasques. Si la voile va pas fendre, si les vivres viendront à manquer, si le scorbut guette sa tribu.

Y a rien qui paraît mais sous le lac en huile, il y a un monde. Un fond marin agité de questions, de craintes et de soucis.

Capitaine Sophie est passée maître dans l’inspire expire certes mais elle a un trésor caché en dedans. Un trésor qu’elle garde pour elle. Parce qu’elle veut pas en faire cadeau à personne, par empathie. Les angoisses, tu gardes ça pour toi.

En ces temps où elle shine la coque du navire, se préparant pour la rentrée, pour une année de plus sur les eaux tempêteuses pleines de surprises à chaque coup de gouvernail, je pense à elle.

À ma Sophie. La calme. La patiente. La courageuse.

À toutes les Sophie.

À toutes les Sophie en nous.

Celles qui gardent leur calme, qui n’élèvent pas la voix, qui sont patientes et douces. Tout le temps ou juste des fois.

Et les autres aussi, qui essaient fort de les imiter et qui y arrivent momentanément.

Mais qui y arrivent.

Nous sommes toutes des Sophie, on fait toutes notre possible.

On fait des lunchs, on colle des étiquettes de noms, on angoisse à l’idée de remettre dans l’étui l’efface de l’année passée de peur d’être jugée par la prof de fiston.

On se jure qu’on recommence le pilates en septembre.

Qu’on perd 5 livres d’ici l’Action de Grâce, qu’on se couchera tôt ce soir, qu’on va lire un roman de plus cette année, qu’on va regarder moins la télé, être plus patiente, moins bourrasser quand les enfants oublient çi, ne font pas ça…

Notre gros possible.

C’est la fin des vacances soon enough, signe du retour au calme, du recommencement comme des nouveaux débuts.

Dans le doute, quand le presto menace de sauter, pense à ta inner Sophie.

Tétanisée devant la routine qui gratte à nouveau le bas de la porte, avec son lot de leçons, de lunchs et de to do list de grandes personnes?

Inspire/expire pis pense à Sophie. 

Pis donne lui de l’amour, pour que se gonfle la voile de sa confiance et qu’elle continue de garder son calme jusqu’à destination.

Elle, qui mène sa barque tambour battant

Celui du coeur.

 

Bonne rentrée 🙂

 

 

 

 

 

 

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