La voisine sévère.

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C’est moi ça.

La voisine sévère.

Celle qui veut pas que les amis en visite ouvrent tout seuls la porte du garage parce que je m’en voudrais tu assez à mort qu’un d’entre eux soit pas assez fort pour la swingner jusqu’en haut pis se la ramasse sur la tête?

Celle qui ne veut pas toujours que la petite voisine reste pour souper. Des fois ça me tente pas d’avoir de la visite, that’s it.

Celle qui n’aime pas qu’on arrache ses fleurs. Ni qu’on sacre des coups de bâton sur sa maison.

Celle qui peste quand on arrache l’écorce de ses érables centenaires. Celle qui haït ça qu’on arrose les araignées avec la hose. C’est leur maison dehors, aux araignées. Effouère les tant que tu veux quand tu les trouves sur ta route dans ta demeure, mais dehors, c’est leur maison, laissez-les donc tranquilles les araignées bon.

Je suis pourtant ben open là. J’aime ça les enfants. À preuve, j’en ai! Mais quand tu es sous mon toit, ça marche à ma manière. À Rome tu fais comme les Romains qu’ils disent? Ben c’est ça. Chez la voisine sévère, tu marches les fesses serrées.

Que voulez-vous, ça me titille moi, quand un petit ami arrive dans ma cuisine pendant que je brasse des muffins pour la collation et dit : « J’ai faaaaaiiiim! »  « Ah oui Gontran-Sylvestre? Tu as faim? Pauvre amour, tell me something I don’t know, moi j’ai chaaaauuuud fait que, bye bye ».  La politesse, ça s’apprend au post-doc mon Gontran?

La voisine sévère en moi, ne raffole pas non plus du fait que les voisins viennent jouer sur son terrain quand les dits voisins ne jouent pas avec sa progéniture. Je le sais pas pourquoi. Elle est comme ça.  L’expression; « tes bébelles, dans ta cour » prend alors tout son sens.

Je me ferais violence d’être autrement. Tu me nargues devant tes chums pour les faire rire et tester mes limites? Tu ne viendras plus chez moi. Demandez à Léonard-Valentin. Il n’a plus remis les pieds ici depuis ce dimanche d’août où il m’a fronté devant ses chums malgré mes avertissements de soigner ses agissements et son langage.

La voisine sévère a, ce jour-là, encore frappé.

Ce que je donnerais pour me transformer en petit oiseau pour savoir si mes moussaillons sont polis, s’ils sacrent (ça je sais que oui, parlez-en à Léonard-Valentin qui leur a scrupuleusement appris) et respectent les lieux et les hôtes qui les accueillent quand ils vont ailleurs, je ne vous dis pas.

Je me demande si, quand les petits voisins vont être grands et qu’ils vont se souvenir de notre maisonnée en fumant des pétards de pot rendu ben trop fort pour la ligue des poteux, en couinant de rire à l’exhalaison en baragouinant avec leurs yeux luminous :

« T’en souviens tu, on allait jouer chez chose-là?! »

« Chooooose…?! »

« Ben oui chose-là… tsé sa mère était marâtre? Elle sortait toujours de la maison en beau maudit parce qu’on avait ouvert la porte du garage tout seuls pis qu’on pouch-pouchait les fourmis avec du stuff à bébittes super nocif que son père avait laissé à la traîne sur l’établi dans le garage? Tsé là Chose? »

«Ah oué Chooooose! Hinhinhiiiinnnn »  (puff de joint, tousse tousse)

Pis je pense à ça là… Si c’était pas moi qui était sévère, mais les petits voisins qui étaient tous des petits morveux pas d’allure? Ça se peux-tu ça des fois? Que ça soit la faute des autres des fois?

Bonjour, je m’appelle Catherine et je suis une voisine sévère.

Et je m’assume. (À moitié)

 

Illustration Amélie Montplaisir 
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