Se salir. Plus souvent.

« Mets-tes bottes d’eau pour aller sur le terrain détrempé! »

Lave tes maiiiins!

Change de chandail si tu veux jouer dans le carré de sable!

Attention de pas marcher dans bouette!

T’as encore déchiré tes pantalons en jouant au soccer?! »

Pffff.

Toujours ces limites. Ces interdits, ces « pas le droit » et « ces salis-toi pas ».

Pourquoi au fond? Je ne suis pas madame Blancheville, mes garçons ne sont pas habillés à la dernière mode (vrai que je vais payer plus cher pour des jeans pour enfant que je paye pour les miens) ni ne sont tirés à quatre épingles.

Mais n’empêche, j’ai ma fierté tsé. Quand je repère trop tard un trou, qu’est revêtu le pantalon de la veille et que me saute aux yeux la trace de yogourt sur le genou une fois arrivée à la garderie, c’est plus fort que moi, je viens mal. Pourtant, il me revient rarement spic’n’span une fois 17 heures venues. Malgré tout, je viens mal. Pourquoi?

Les apparences? Le « ce qu’il faut faire »? La crainte de passer pour une mère tout croche, pas attentionnée? Pourtant. Je sais que je ne suis pas toujours d’équerre mais pas attentionnée, ça non.

Quand bien même mon mousse aurait une trace de beurre de pine sur la joue et une autre sur sa manche (d’avoir voulu enlever celle sur sa joue)? Quand bien même ses pantalons seraient trop courts. Qu’il ne serait pas rentré changer son chandail pâle avant d’aller brasser de la soupe à la bouette dans le fond du garage? C’est pas pour ça qu’ils ont inventé du savon ultra-anti-tâches-anti-toute-ultra-blanchissant-puissant après tout? Le voyez vous comment j’essaie de me convaincre moi-même de lâcher le morceau?

Le plaisir devrait pourtant se mesurer au nombre d’ongles crasseux, à l’eau brouillée du bain après une journée d’exploration, au nombre de particules du terrain de soccer synthétique de la cour qui macule le plancher au retour de l’école.

Pourtant. Je finis toujours par pester quand je me retrouve les 2 pieds dedans. Quand je retrace le petit tas de vêtements crasseux laissé pour mort à travers les jouets éparpillés. Que je réalise que mon gars a passé la journée avec une trace de confiture sur sa manche.

Let kids be kids qu’on dit. Pis des kids coudonc, ben ça se salit. (À répéter en boucle comme un mantra)

Cette semaine, je croise la galerie photo de cette artiste néo zélandaise, Niki Boon, retournée vivre dans son pays natal. On y voit ses 4 enfants qui vivent en noir et blanc sur un domaine exempt de technologie moderne. Le bonheur trouvé ailleurs qu’au bout des doigts qu’on glisse sur une tablette. Le plaisir en dehors d’un clavier, la vie à pleines dents, les cheveux mêlés et les orteils noircis, à grands coups de câlins avec les chèvres et de seaux de boue sur la tête.

La vue de ces enfants bohème qui se baladent en bobettes à longueur de courses dans le champ, un brin d’avoine entre les dents me réjouit. Sorte d’idéal anti-conformiste lié à l’enfance et qui n’appartient qu’à elle. Un homme qui reste en culottes de pyj toute la journée en dehors de la saison grippale; il se néglige. Un enfant qui se fait aller le popotin dans ses culottes slacques et salies de boue sans crainte du lendemain, il est libre.

Quand est-ce qu’on perd cette liberté? La vue des ces bambins âgés d’à peine quelques semaines arborant bretelles, jeans et casquette de Rogatien me fait dire:  souvent plus tôt qu’on peut le penser. On les veut déjà grands, petits monsieurs proprets vêtus comme des adultes.  Avant leur temps. Rien qui dépasse, rien qui retrousse. Des chaussures lacées aux cuissons dodus engoncés dans des textiles épais.

Ces images d’enfants crasseux mais souriants, petits collectionneurs de tâches de rousseur  parce qu’ils n’ont pas de la 60 étampée au couteau dans face attisent la tendresse. Et aussi le désir d’être un instant comme eux. De retourner, même momentanément à cet état d’esprit de l’enfance faite de lâcher prise.

Souvent liés à une vie campagnarde faite d’aventures au bord de ruisseaux, de balades en sous-bois et autres parties de plaisir dans le foin piquant qui fait éternuer, de telles images vues en ville fait souvent sourciller.

Le petit gars au chandail déchiré au parc, on le plaint. La petite fille avec une camisole jadis rose pâle et 2 babouches pas de la même grandeur à St-Éloigné-des-creux, jouant à cache-cache avec une poule, on la trouve attendrissante. On l’envie, la jalouse presque.

L’urbanité appelle-t-elle le conformisme? Le bien mis en toute circonstances? Où est-ce le progrès qui a cet effet, la modernité?

Est-ce que l’éloignement et le pas de voisins de la campagne nous enlève ce besoin de bien  paraître en tout temps? Quelle délivrance ce serait, non?

Cette galerie photo de Niki Boon me fait rêver.

Me donne -presque- envie de m’acheter une fermette pis de vendre du fromage de chèvre dans un kiosque sul’bord de la route en bottes d’eau pis en robe paysanne pas de brassière.

Presque.

 

niki-boon-photos-enfants-noir-et-blanc-12-1Source: Niki Boon

 

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