Le coeur intersidéral

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Samedi dernier, j’ai fait un voyage avec John The Wolf. Seul en scène avec sa guitare, à ses côtés, un crâne démesuré.  Un crâne comme un spectre, qui ne lui volera jamais la vedette. Leloup seul.

Pas de choeurs, pas de drum ni de maracas. Pas de pédales pour distortionner le son. Il ne changera même pas une fois de guitare. Retrouvailles avec une idole.

Devant Wilfrid-Pelletier déjà conquis, qui jappe dès qu’il le commande, imite un train fatigué ou scande son amour dans les -rares- silences, LeLoup portant chapeau et tout vêtu de noir, enfile les riffs, les hits et les refrains à un rythme d’enfer.

Et défilent à la même cadence, les souvenirs. Reviennent en mémoire les lieux, les gens aimés. Où on était, ce qu’on faisait. Sentiment de déjà vécu, voyage dans le temps…

Je me vois dans ma chambre doucereuse peinte de menthe et de rose; la cassette Menteur dans mon radio rouge. J’ai 14 ans.

« Laura dis-le moi où tu l’as trouvée ta minijupe? »

Apprendre par coeur Printemps-Été pour épater les copains. Me repasser en boucle ce clip amusant et fou à Musique plus, dans le temps qu’on y voyait encore des clips.

L’amour est sans pitié. Un des premiers spectacles dont j’ai le souvenir. Ses Converses bicolores battent le rythme sur les boîtes de son, un haut de forme cache sa chevelure trempée de sueur. La Sale affaire est déchaînée. Leloup pourrait cesser de chanter, la foule martèle les paroles à sa place. Je croise des camarades de classe émêchées dans les toilettes. Yeux brouillés par l’alcool blanc avalé sous le néon cru, la démarche titubante. Mon frère en guise de garde du corps dans le trash d’avant-scène. C’est ma fête, j’ai 16 ans.

Un vague souvenir d’être restée après le spectacle pour aller le saluer à l’arrière scène. Ou ai-je voulu le faire mais la gêne l’a emporté? Francis, t’en souviens-tu?

Au Cégep, dans un cours d’histoire du cinéma, je reconnais le clip Isabelle dans le film À bout de souffle de Godard. Encore Leloup qui rode autour, qui veille.

Le Dôme. J’entre au Conservatoire, j’ai 21 ans. Effervescente période de connaissance de soi, d’apprentissage et de création. Je suis partout et nulle part à la fois. Je veux tout; le beurre, l’argent du beurre, son emballage, le gâteau et le crémage. Comme une jumelle de cette pochette fleurie en même temps que noir en blanc. Une sorte d’insouciance réfléchie.  Les vers de Johnny Go côtoient dans ma tête ceux de Shakespeare, de Racine et Marivaux. Étonnant comme il y a toujours de la place dans l’esprit pour ajouter des mots.

Leloup. Plus de 25 ans qu’il est dans ma vie, jamais bien loin. Compagnon fidèle et fou. Parfois je ne l’ai pas suivi, d’autres fois pas compris. Je l’ai mis de côté et l’ai oui, jugé dans ses errances et ses morts programmées.

Mais mon Leloup est revenu, bien vivant, je l’ai vu samedi. Il ne s’est pas défilé, n’a pas eu peur de nous. Il a enfilé les airs sans presque s’arrêter pendant 2 heures. Comme si un silence trop long de sa part allait nous faire fuir. Au 2e rappel, il est revenu sur scène en nous confiant avoir demandé à l’équipe en coulisses: « Est-ce qu’ils veulent vraiment que je revienne ou ils sont juste polis? Y’est tard…ils veulent peut-être rentrer… »

Depuis oui, je suis rentrée mais mon coeur pas totalement.

Encore,  joue nous encore de ta guitare. Je me souhaite longtemps tes grands instants de lucididididité et de génie. Je veux encore ton coeur généreux et ouvert, ce coeur immense de grand enfant.   Non Jean, je ne veux pas rentrer. Je veux encore des souvenirs avec ta bande sonore.

Chaque fois que j’entends la pluie qui tombe
Je pense que le ciel pleure
Ceux que j’ai fait pleurer
J’espère que mes erreurs
N’ont pas fait trop de mal
Et j’aimerais que mon coeur soit intersidéral
J’espère que mes erreurs
N’ont pas fait trop de mal
Et j’espère que mon coeur est intersidéral

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Une réflexion sur “Le coeur intersidéral

  1. Bien sûr que je me souviens de Leloup à l’Arena de Repentigny. Mais pas de l’avoir vu backstage… Mon souvenir, c’est qu’il avait bien besoin des fans pour lui rappeler ses paroles ce soir là… Bien content que tu l’aie vu en forme et entier. Long live John the Wolf!

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